Le tabou de la mort dans l’aide à domicile
La mort est très présente dans les structures d’aide à domicile qui accompagnent les personnes âgées.
Elle fait partie du quotidien des aides à domicile et de l’encadrement.
Pour l’encadrement, c’est :
- accueillir l’appel et le chagrin de la famille qui annonce le décès d’un bénéficiaire
- annoncer le décès aux aides à domicile concernées
- accueillir leurs émotions lors de l’annonce puis dans le temps
- mais aussi, et surtout accompagner les aides à domicile dès l’embauche pour prévenir les RPS liés au sujet de la mort et aux décès des bénéficiaires
Pour les aides à domicile, c’est :
- redouter de retrouver un bénéficiaire mort
- accompagner la dégradation et la fin de vie
- apprendre le décès d’un de ses bénéficiaires
- accompagner un bénéficiaire lors du décès de son conjoint (ou d’un proche)
- entendre régulièrement les bénéficiaires parler de la mort (redoutée ou souhaitée)
- entendre les paroles/menaces suicidaires de certains bénéficiaires
Extraits de témoignages marquants entendus ces dernières semaines lors de formations d’aides à domicile :
« Je suis arrivée chez la bénéficiaire, son mari était mort dans la nuit. C’était très dur de la voir dans cet état. Je ne savais pas quoi dire. Je me suis retenue de pleurer avec elle.
J’y suis intervenue aussi le soir après les obsèques. Là j’ai craqué avec la dame. »« Le bureau m’a envoyé un message pour me dire que mon bénéficiaire était mort. On ne s’y attendait pas du tout. C’est dur de l’apprendre comme ça. Ça en rajoute à mon chagrin. C’est comme si c’était une info comme une autre. »
« Je n’en ai pas dormi de la nuit lorsque la bénéficiaire m’a dit qu’elle voulait se suicider après la mort de son mari »
Quand je questionne les aides à domicile sur leurs sources de stress, le sujet de la mort revient très souvent.
La mort est omniprésente : dans les pensées, dans les paroles, dans les faits.
C’est un important facteur d’usure professionnelle et de risques psychosociaux.Mais quelle place lui donne-t-on réellement ?
La mort fait partie de la Vie. Mais c’est souvent un sujet tabou.
Le sujet de la mort fait peur. On ne sait pas quoi dire, comment réagir, quoi faire de toutes ces émotions.
Mais doit-on pour autant considérer que la mort fait partie du travail des aides à domicile et de l’encadrement et qu’elles/ils doivent « faire avec »?
C’est justement parce qu’elles/ils doivent faire avec qu’il est important de les outiller pour faire face à cette réalité.
Non, l’empathie ne suffit pas.
Non, les formations fin de vie ne répondent pas à toutes ces problématiques.
Non, le numéro de tél pro consult de soutien psy (si son existence est connue) ne suffit pas.
Et vous, dans votre structure, comment accompagnez-vous l’encadrement et les aides à domicile sur ce sujet ?
Quelles sont les consignes ?
Quelles sont les méthodes ?
Quels sont les espaces dédiés ?
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