L’éthique dans l’aide à domicile
Intervenir auprès de personnes fragilisées, c’est :
Côtoyer en permanence la maladie, la détresse, la misère.
En faire déjà beaucoup.
Et avoir, malgré tout, régulièrement, un sentiment d’impuissance, de frustration, de culpabilité de ne pas pouvoir en faire plus.
Intervenir auprès de personnes fragilisées, c’est :
Culpabiliser de devoir enfermer certains bénéficiaires seuls chez eux, en partant, même si c’est pour leur sécurité et sur prescription médicale, et redouter ce qui peut leur arriver dans la nuit et/ou en cas d’incendie.
Intervenir auprès de personnes fragilisées, c’est :
Faire face, en permanence, à des injonctions paradoxales :
Être « pris » entre les souhaits des bénéficiaires, leurs besoins et les attentes de la famille.
Parfois, un bénéficiaire n’a pas/plus envie de se lever, se laver, manger, sortir…
Dans un souci de « préserver/prolonger la vie », certaines familles peuvent demander à l’aide à domicile d’amener le bénéficiaire à « faire quand même ».
À quel prix pour le bien-être du bénéficiaire et la conscience de l’aide à domicile ?
Le point commun entre toutes ces situations est qu’il n’y a pas de bonnes/mauvaises manières de faire mais différentes alternatives à envisager face à chaque situation et à son évolution.
Le « bien agir » est loin d’être une évidence. Il fait débat. Il doit faire débat !
La stimulation a ses limites :
- Comment stimuler ? Jusqu’où stimuler ?
- Comment réagir face aux refus ?
- Où/quand arrêter la stimulation pour ne pas en arriver à « forcer », comme c’est parfois la demande de certaines familles ?
- Quand bascule-a-t-on de la bientraitance à la maltraitance ?
Les aides à domicile sont seules sur le terrain.
Elles ont l’habitude de faire face, de s’adapter.
Mais face à ces dilemmes, leur conscience est malmenée : « Ça nous bouffe » dit Brigitte, aide à domicile.
Le questionnement est omniprésent. Tout comme la culpabilité de ne pas/plus arriver à faire (manger, sortir, marcher…) ou de ne pas oser dire non/stop à la famille.
Les aides à domicile ne doivent pas rester (ni décider) seules face à ces situations. Ce n’est pas leur responsabilité.
Organiser des réunions de coordination et d’éthique dans les structures c’est garantir la mise en œuvre d’une méthodologie de prise de décision adaptée.
Les objectifs de ces espaces d’échanges sont :
- Amener à prendre du recul
- Prendre en compte les points de vue de chacun
- Bénéficier de la richesse de l’intelligence collective
- Explorer les options pour décider ensemble
- Prendre en compte les risques pour les bénéficiaires et les salariés
- Préserver les droits de chacun
- Contribuer au mieux-être au travail et au mieux-vivre à domicile
Ce sont toutes ces questions que nous avons abordé hier avec des encadrants et des aides à domicile de deux structures du sud de la France.
Et vous, comment accompagnez-vous vos équipes face à ces dilemmes ?
Réagissez à cet article sur LinkedIn

